Article paru dans Du Trenze au Luech, décembre 2022
Bonjour Jean-Charles.
Tu es archéologue au CNRS et responsable d’opération sur le site du Bocard.
Peux-tu d’abord nous expliquer ce qu’est le laboratoire IRAMAT ?
L’Institut de Recherche sur les ArchéoMATériaux (UMR 7065) est une unité du CNRS constituée d’archéologues, d’historiens et d’archéomètres. Cette unité regroupe donc à la fois des sciences humaines et des sciences dites dures. Nous y étudions l’évolution de la production, de la diffusion et de l’utilisation des matériaux dans les sociétés anciennes, depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque moderne. (https://iramat.cnrs.fr/)
Quelles parties du site du Bocard ont déjà été fouillées, depuis le démarrage en 2017 ?
Les fouilles se sont focalisées sur la fonderie et ont en réalité débuté en 2016 par des sondages sur un four de grillage du minerai et sur le four de coupellation. Des prospections avaient également été réalisées afin de repérer les indices miniers. Le travail dans la fonderie s’était poursuivi en 2017 par la coupe des pins et le retrait des couches supérieures de gravats liées à l’effondrement du bâtiment, ainsi que par des relevés du bâti. Nous sommes revenus en 2021 pour fouiller totalement le four de grillage. Ce sont Florian Téreygeol, puis Claude Dubois qui ont mené ces opérations.
Quel est l’intérêt de ces fouilles, que recherchez-vous ?
Le Bocard est la seule fonderie plomb – argent encore en élévation en France et l’inscription du site sur la liste des Monuments historiques depuis 2014 prouve son intérêt. Nous possédons des archives consacrées à ce site, en particulier les rapports des élèves ingénieurs des Mines, mais celles-ci ne couvrent pas la dernière décennie d’activité. De plus, elles comportent parfois des lacunes, voire des erreurs. Les fouilles archéologiques permettent de compléter nos connaissances et de prélever des matériaux qui seront analysés en laboratoire. Ces fouilles s’inscrivent également dans le programme de mise en valeur du site mené par la mairie de Vialas.
En novembre, en compagnie d’Alexandre Disser, tu es venu sans pioche et sans pinceau, mais… avec un drone. Peux-tu nous en dire plus sur cette action ?
Il s’agissait de débuter la modélisation 3D du site. Cette première phase s’est focalisée sur la fonderie et la cheminée de condensation des fumées. Cette technique de modélisation tridimensionnelle se nomme photogrammétrie. La première étape consiste à prendre des clichés sous différents angles. 4500 photos ont ainsi été réalisées à l’aide du drone et 1000 clichés avec un appareil photo réflexe dans les salles souterraines. Un logiciel permet ensuite de comparer ces clichés afin de reconstituer progressivement les volumes et de produire un modèle numérique photoréaliste, c’est-à-dire sur lequel la texture des photos est projetée.
La modélisation 3D de l’usine pourra-t-elle être utilisée au Musée ?
Bien entendu. Cette modélisation à trois vocations : scientifique, patrimoniale et grand public. Scientifique, car elle constitue un support d’étude pour les archéologues. Patrimoniale, car ce modèle 3D est un enregistrement numérique d’un site soumis aux épreuves du temps, enregistrement qui sera transmis aux générations futures. Et grand public, car elle permettra de présenter une maquette virtuelle du site, rendant ainsi accessible les salles souterraines par exemple, sans oublier le public empêché qui ne peut pas venir sur le site.
La mairie de Vialas fait actuellement réaliser d’importants travaux de « cristallisation » des murs de la fonderie. Malgré ces efforts, est-ce que ce chantier de fouilles est dangereux ? Rencontrez-vous des problèmes techniques ?
Tout chantier archéologique comporte des risques, mais celui de Vialas est effectivement particulier du fait de la hauteur et de l’état de conservation des murs. La mairie a mené un important travail de consolidation des vestiges qui va nous permettre à terme de fouiller sereinement l’ensemble de la fonderie.
L’année prochaine, je crois que tu as l’intention de revenir… Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Je vais déposer sous peu une demande d’intervention auprès de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, demande visant à fouiller le moulin à litharge. Nous souhaiterions intervenir à l’automne prochain durant deux semaines avec une petite équipe constituée exclusivement de professionnels. Cette équipe serait constituée d’archéologues, principalement des spécialistes des mines et de la métallurgie, et d’une dessinatrice.
Et le four à coupellation (dernier four d’Europe encore en élévation) ?
Ce four est effectivement très intéressant et assez spectaculaire. Lors de notre intervention en 2016, nous avions laissé à l’intérieur du four ce que nous appelons une « réserve archéologique », c’est-à-dire une zone non fouillée. L’étude du pourtour du four reste également à terminer. Le plus urgent demeure néanmoins sa protection et la mairie en a conscience. Je tiens au passage à souligner la qualité du travail de protection réalisé au niveau du four de grillage.
Bref… on aura encore de nombreuses occasions de partager avec les lecteurs du Trenze au Luech tes projets et découvertes !
A propos… que dis-tu d’une rencontre avec les habitants pendant votre prochaine campagne ?
C’est envisageable, mais attendons d’obtenir les autorisations et les financements nécessaires.
Propos recueillis par Mariette Emile, pour le Filon des Anciens, partenaire des fouilles.
Les fouilles sont financées par la DRAC, la Mairie de Vialas, le Département de la Lozère et la Région Occitanie.